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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 11:06

Contribution a l'ouvroir de litterature potentielle speleologique :

 

Lettres de mon Refuge (A la manière d’Alphonse DAUDET)

 

INSTALLATION

 

Ce sont les marmottes qui ont été étonnés !... Depuis si longtemps qu'ils voyaient la porte du refuge fermée, les dolines et le lappiaz envahis par les herbes, elles avaient fini par croire que la race des spéléos était éteinte, et, trouvant la place bonne, elles en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d'opérations stratégiques : le refuge des marmottes... Le jour de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assises le long de la piste, en train de se chauffer le museau sous les rayons du soleil... Le temps d’un cahot sur la piste, frrt ! voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières marrons qui détalent, la queue noire en l'air, direction le terrier le plus proche.

Je sais bien qu'elles reviendront.

Quelques résidents pas du tout apeurés, en me voyant débarquer, c'est les habitués du refuge, Jo & Cathy qui gèrent le refuge depuis plus de dix ans, La Trompe, Tarascon, Marc le pharmacien, à la tête de penseur. Je les retrouve dans l’unique pièce du refuge, attablés et joyeux autour de la grande table, au milieu des topographies de gouffres, des chargeurs de batteries et des victuailles qui surchargent les étagères. Ils m'ont regardés un moment avec des yeux ronds ; puis, tout heureux de me reconnaître, ils se sont mis à faire :

“ ChouChou ! ” et à sourire amicalement, leurs fronts encore gris de poussière ; - ces diables de spéléos ! ça ne se brosse qu’un jour sur deux... N'importe ! tels qu'il sont, avec leurs yeux clignotants et leurs mines de déterrés, ces locataires bruyants me plaisent encore mieux qu’aucun autre, et je me suis empressé de leur manifester en retour ma joie de les retrouver.

Ils occupent aussi comme dans le passé une deuxième pièce plus petite avec une entrée par le toit ; une petite pièce protégée par un cadenas, pleine comme un œuf de matériel de toutes sortes.

C'est de là que je vous écris, la porte grande ouverte, au bon soleil.

Un joli champ de dolines tout étincelant de lumière dégringole devant moi jusqu'au pied de l’escalier. À l'horizon, le mont Marguareis et le massif du Mercantour découpent leurs crêtes fines... Pas de bruit...

À peine, de loin en loin, Le chant d’un criquet, un choucas dans les falaises du Castel Fripi, une clarine de vaches sur la route... Tout ce beau paysage montagnard ne vit que par la lumière.

Et maintenant, comment voulez-vous que je la regrette, votre ville bruyante et noire ? Je suis si bien dans mon refuge ! C'est si bien le coin que je cherchais, un petit coin parfumé et frais, à mille lieues des journaux, des embouteillages, de la canicule!... Et que de jolies choses autour de moi ! Il y a à peine huit jours que je suis installé, j'ai déjà la tête bourrée d'impressions et de souvenirs... Tenez ! pas plus tard qu'hier soir, j'ai assisté à la rentrée des vaches au plan Ambroise (une perte) qui est au bas du col du Scarasson, et je vous jure que je ne donnerais pas ce spectacle pour toutes les series que vous avez vues sur TF1 cette semaine. Jugez plutôt.

Il faut vous dire qu'en Provence, c'est l'usage, quand viennent les chaleurs, d'envoyer le bétail dans les Alpes.

Les bêtes passent cinq ou six mois là-haut, logés à la belle étoile, dans l'herbe jusqu'au ventre ; puis, au premier frisson de l'automne, on redescend dans la vallée, et l'on revient brouter bourgeoisement les petites collines grises que parfument les rhododendrons... Donc hier soir les troupeaux rentraient et les spéléos n’allaient pas tarder à revenir de l’Abisso Beluga.

Depuis le matin, le groupe attendait, le cœur battant ; la cave était pleine de bières fraîches.

D'heure en heure on se disait : “Maintenant ils sont au Bivouac, maintenant au puits de l’éperon. ” Puis, tout à coup, vers le soir, un grand cri : “ Les voilà ! ” et là-bas, au lointain, nous voyons l’équipe s'avancer dans une gloire de poussière. Toute la montagne semble marcher avec eux... Les vieux briscards viennent d'abord (Jo), le casque en avant, l'air sauvage ; derrière lui le gros de l’équipe, les jambes un peu lasses, leurs sacs sur le dos ; - les spéléos à casques rouges portant dans des kits la fatigue du jour qu'ils distillent en marchant ; puis les derniers tout suants, avec des langues jusqu'à terre, et deux grands gamins drapés dans des capes de pluie jaunes qui leur tombent sur les talons comme des chapes.

Tout cela défile devant nous joyeusement et s'engouffre dans la cave, en piétinant avec un bruit d'averse... Il faut voir quel émoi dans le refuge. Du haut de leur perchoir, les présents, au repos ce jour là, ont reconnu les arrivants et les accueillent par un formidable coup de corne de brume.

Le camp qui s'endormait, se réveille en sursaut. Tout le monde est sur pied : Bastien, Romain, Johan, Elliot. La marmaille est comme folle ; les enfants parlent de faire nuit blanche !... On dirait que chaque spéléo a rapporté dans sa chevelure, avec un parfum de terre humide, un peu de ce courant d’air vif des grands gouffres qui grise et qui fait danser.

C'est au milieu de tout ce train que l’équipe se change. Rien d’enthousiasmant comme cette effervescence. Les vieux spéléos s'attendrissent en ressassant leurs souvenirs. Les jeunes, les tout petits, ceux dont c’est le premier séjour et n'ont jamais vu les entrailles de la conca del carsene, regardent autour d'eux avec étonnement.

Mais le plus touchant encore, ce sont les topographes qui reviennent de la pointe, ces braves mesureurs du monde, tout affairés après leurs notes et ne voyant qu'elles dans le fatras du refuge. Le plat de pâtes a beau les appeler du fond de sa gamelle ; le verre de pastis, tout plein d'eau fraîche, a beau leur faire signe : ils ne veulent rien voir, rien entendre, avant que les données soit rentrées dans le programme, l’image en 3D affichée sur l’écran de l’ordinateur portable, et les spéléos émerveillés devant la coupe de la cavité. Alors seulement ils consentent à trinquer, et là, tout en avalant leur montagne de pattes, ils racontent à leurs camarades du refuge ce qu'ils ont fait là-haut sous la montagne, ce pays si blanc où il y a des abîmes si noirs et de grandes digitales de pourpre pleines de rosée jusqu'au bord.

M@rcel

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Published by ACV - dans SPELEO
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